Foi et raison : l’enseignement de l’Église

le 14 août 2026 dans Compléments, Débat

L’enseignement de l’Église sur les rapports entre foi et raison n’est pas exposé en détail dans mon livre, qui ne comporte à ce sujet que les quelques rappels permettant de mener à bien la démonstration1. Or, après plusieurs années d’échanges et de controverses, il apparaît que cet enseignement est l’objet d’une ignorance préoccupante, et que des approfondissements seraient par conséquent souhaitables. En effet, parmi ceux qui persistent à contester l’opposition entre la théorie de l’évolution et la foi catholique, beaucoup le font en partant de conceptions fausses qui sont en réalité celles des modernistes. Bien plus, on constate parfois de telles aberrations chez des personnes qui se veulent particulièrement attachées à la tradition de l’Église.

Les principes fondamentaux en la matière sont exposés dans un document qui se distingue par sa grande richesse doctrinale, sa remarquable précision dogmatique, sa forme claire et structurée, et son autorité magistérielle souveraine : la constitution Dei Filius, solennellement promulguée par le pape Pie IX lors de la troisième session du Ier concile du Vatican, le 24 avril 18702. À partir d’extraits choisis de ce texte, nous allons résumer l’enseignement de l’Église sur les rapports entre foi et raison, puis décrire les principales doctrines condamnées qui s’y opposent, en terminant par le modernisme, que l’on peut considérer comme une synthèse de plusieurs erreurs antérieures.

Enseignement de l’Église

L’enseignement de l’Église sur la question qui nous occupe peut être esquissé de la manière suivante : la raison et la foi sont deux véritables modes de connaissance3, distincts quant à leur principe et quant à leur objet, entre lesquels il existe toutefois certains liens bien déterminés.

La raison et la foi : deux modes de connaissance distincts

La raison est la faculté qui, naturellement présente chez l’homme, lui permet d’acquérir des connaissances par lui-même, en faisant usage de ses sens et de sa capacité d’abstraction, sans avoir à s’en remettre à un jugement extérieur. L’Église défend fermement la valeur de la raison humaine, et affirme en particulier que celle-ci peut, par l’observation des créatures, arriver à la connaissance certaine de Dieu, leur créateur.

Notre sainte mère l’Église tient et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine, à partir des êtres créés ; […] mais que cependant, il a plu à sa sagesse et à sa bonté de se révéler lui-même, ainsi que les décrets éternels de sa volonté, au genre humain, par une autre voie, surnaturelle celle-là […]4.

La Révélation divine, contenue dans la Sainte Écriture et dans la Tradition, et transmise par l’enseignement de l’Église, est le fondement d’un mode de connaissance surnaturel, radicalement distinct de la raison : la foi.

L’Église catholique professe que cette foi […] est une vertu surnaturelle, par laquelle, avec l’inspiration et l’aide de la grâce de Dieu, nous croyons vraies les choses qu’il a révélées, non pas à cause de leur vérité intrinsèque perçue par la lumière naturelle de notre raison, mais à cause de l’autorité de Dieu qui révèle, et qui ne peut ni se tromper, ni nous tromper5.

On voit combien l’Église est attentive à marquer la distinction entre la raison et la foi. La certitude des vérités de foi ne repose pas sur une démonstration rationnelle, mais sur l’autorité divine. À cette différence de principe s’ajoute une différence d’objet, sur laquelle l’Église insiste également : la foi donne accès à certaines vérités, appelées mystères, qui sont hors de portée de la raison humaine.

Le consentement ininterrompu de l’Église catholique a tenu et tient qu’il y a deux ordres de connaissance, distincts non seulement quant à leur principe, mais aussi quant à leur objet : quant à leur principe, car nous connaissons, dans l’un par la raison naturelle, dans l’autre par la foi divine ; quant à leur objet, car au-delà des vérités que la raison naturelle peut atteindre, nous sont donnés à croire des mystères cachés en Dieu, que nous ne pourrions connaître s’ils ne nous étaient divinement révélés6.

Liens entre la raison et la foi

Bien que fondamentalement distinctes, la raison et la foi sont liées de trois manières. Tout d’abord, la raison prépare l’acte de foi, en démontrant l’authenticité et la crédibilité de la Révélation divine.

Cependant, afin que l’hommage de notre foi soit conforme à la raison, Dieu a voulu qu’aux secours intérieurs du Saint-Esprit soient associées des preuves extérieures de sa Révélation, à savoir des événements divins, et en premier lieu des miracles et des prophéties, qui, en montrant avec éclat la toute-puissance et la science infinie de Dieu, sont des signes de la Révélation divine très certains et adaptés à l’intelligence de tous7.

Ensuite, même si la raison est inapte à découvrir les mystères, elle peut, une fois ceux-ci connus par la foi, les étudier avec profit, sans toutefois parvenir à les comprendre entièrement ; c’est ainsi que naît la science théologique.

Certes, lorsque la raison, illuminée par la foi, cherche avec zèle, piété et modération, elle parvient, si Dieu le lui accorde, à une certaine intelligence très fructueuse des mystères, d’une part grâce à l’analogie des choses qu’elle connaît naturellement, d’autre part grâce aux liens qui relient les mystères les uns avec les autres et avec la fin dernière de l’homme ; cependant, jamais elle n’est rendue capable de pénétrer ces mystères à la manière des vérités qui constituent son objet propre8.

Enfin, bien que certaines vérités de foi soient inaccessibles à la raison, toutes ne le sont pas : il existe de nombreuses questions mixtes, qui sont éclairées en même temps par la raison et par la foi. En pareil cas, puisque la raison et la foi sont l’une et l’autre de véritables modes de connaissance, elles conduisent toujours à la même conclusion, sans jamais se contredire.

Mais bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut cependant jamais y avoir aucun désaccord véritable entre foi et raison, puisque Dieu, qui révèle les mystères et infuse la foi, est le même qui a placé la lumière de la raison dans l’âme humaine, et que Dieu ne peut se renier lui-même, ni le vrai jamais contredire le vrai. De vaines apparences de contradictions de ce genre naissent principalement de ce que les dogmes de la foi n’ont pas été compris et exposés conformément à l’esprit de l’Église, ou de ce que des opinions chimériques sont prises pour des affirmations de la raison9.

Par conséquent, lorsqu’une hypothèse émise par la raison s’avère contraire à la foi, tout catholique doit la rejeter aussitôt, et tenir pour certain qu’elle ne fera jamais l’objet d’une démonstration rationnelle. Cette contrainte, loin de faire obstacle à la recherche de la vérité, lui est bénéfique, car elle permet d’éviter certaines erreurs avant même que leur fausseté ne soit constatée par la raison.

C’est pourquoi non seulement tous les fidèles du Christ ont l’interdiction de défendre comme des conclusions légitimes de la science les opinions de ce genre, qui sont reconnues contraires à la doctrine de la foi, surtout si elles ont été condamnées par l’Église ; mais bien plutôt, ils sont absolument tenus de les considérer comme des erreurs, recouvertes d’une apparence trompeuse de vérité10.

Finalement, les liens entre la raison et la foi peuvent être résumés par ces quelques mots :

Non seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être en désaccord l’une avec l’autre, mais elles se rendent des services mutuels : la droite raison démontre les fondements de la foi et, éclairée par sa lumière, développe la science des choses divines, tandis que la foi libère et protège la raison des erreurs, et lui procure de multiples connaissances11.

Doctrines condamnées

À l’enseignement exposé ci-dessus, la constitution Dei Filius ajoute des anathèmes, afin de condamner sans détour certaines doctrines contraires qui étaient répandues à l’époque du Ier concile du Vatican. On peut présenter ces doctrines de manière synthétique en les rattachant à deux sources principales : le fidéisme et le rationalisme. Ces deux erreurs capitales se sont associées, bien qu’elles soient opposées, pour donner naissance au modernisme ; celui-ci a pris un développement considérable dans les décennies qui ont suivi le concile, et conserve encore aujourd’hui toute sa vigueur, bien qu’il ait subi quelques mutations accidentelles au fil du temps.

Fidéisme et rationalisme

Le fidéisme, sous sa forme radicale, récuse la valeur de la raison humaine, et n’admet que la foi comme source de connaissance. Cela le conduit en particulier à nier la capacité de la raison à connaître Dieu avec certitude, hérésie qui est frappée de l’anathème suivant.

Si quelqu’un dit que le Dieu unique et véritable, notre Créateur et notre Seigneur, ne peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine à partir des êtres créés : qu’il soit anathème12.

D’accord avec lui-même, le fidéisme repousse également les preuves rationnelles de la crédibilité de la Révélation, et estime que l’acte de foi ne doit naître que d’un mouvement intérieur à l’homme.

Si quelqu’un dit que la Révélation divine ne peut être rendue crédible par des signes extérieurs, et que les hommes ne doivent donc être amenés à la foi que par leur expérience intérieure ou par une inspiration privée : qu’il soit anathème13.

Le rationalisme, au contraire, sous sa forme radicale, n’admet que la raison comme source de connaissance, refusant l’idée qu’une révélation divine puisse imposer à l’esprit humain un acte de foi.

Si quelqu’un dit qu’il est impossible ou inopportun que l’homme soit instruit par une révélation divine au sujet de Dieu et du culte à lui rendre : qu’il soit anathème14.

Si quelqu’un dit que la raison humaine est indépendante, de telle sorte que la foi ne puisse lui être commandée par Dieu : qu’il soit anathème15.

Bien sûr, ce parti pris contraint le rationalisme à récuser les preuves de la Révélation, ce qu’il fait généralement en termes beaucoup plus énergiques que le fidéisme.

Si quelqu’un dit qu’il ne peut se produire aucun miracle, et que par conséquent, tous les récits qui en sont faits, même ceux que renferme la Sainte Écriture, sont à rejeter parmi les fables et les mythes ; ou bien que les miracles ne peuvent jamais être connus avec certitude, et ne peuvent servir à prouver correctement l’origine divine de la religion chrétienne : qu’il soit anathème16.

Le rationalisme existe en diverses variantes atténuées, qui lui permettent de se concilier avec une certaine profession extérieure de la religion catholique. L’une d’entre elles consiste à réduire la foi à une forme particulière de connaissance rationnelle, les vérités de foi n’étant, dans cette perspective, que de simples découvertes de la raison.

Si quelqu’un dit que la foi divine ne se distingue pas de la science naturelle traitant de Dieu et des questions morales, et qu’il n’est donc pas requis, pour la foi divine, que la vérité révélée soit crue à cause de l’autorité de Dieu qui révèle : qu’il soit anathème17.

Une autre variante du rationalisme, plus atténuée que la précédente, admet la foi comme mode de connaissance distinct de la raison, mais nie l’existence des mystères, affirmant que toutes les vérités connues par la foi sont également accessibles à la raison.

Si quelqu’un dit qu’il n’y a dans la Révélation divine aucun mystère véritable et proprement dit, mais que tous les dogmes de la foi peuvent être compris et démontrés à partir des principes naturels par la raison convenablement exercée : qu’il soit anathème18.

Enfin, il existe un rationalisme purement pratique, qui estime que la raison doit être libre de mener ses recherches sans tenir compte des vérités de foi, et de contredire ces dernières tant qu’elle ne les a pas elle-même constatées.

Si quelqu’un dit que les sciences humaines doivent être cultivées avec une telle liberté que leurs affirmations, même lorsqu’elles s’opposent à la doctrine révélée, puissent être retenues comme vraies, et ne puissent être condamnées par l’Église : qu’il soit anathème19.

Modernisme

Le modernisme combine de manière subtile et pernicieuse le fidéisme et le rationalisme, selon le schéma suivant : la raison et la foi auraient toutes deux leur domaine de validité exclusif, chacune d’elles étant inapte à s’exprimer dans le domaine de l’autre. La raison aurait pour apanage tout ce qui concerne la réalité extérieure et objective, tandis que la foi, réduite par les modernistes à un sentiment intime, serait confinée à l’intériorité et à la subjectivité. D’accord avec les fidéistes, les modernistes rejettent les preuves rationnelles de l’existence de Dieu et de la crédibilité de la Révélation, ces questions étant, d’après eux, du ressort de la foi ; d’accord avec les rationalistes, ils nient l’authenticité historique de la Révélation et des miracles, et défendent farouchement l’indépendance des sciences profanes contre toute ingérence religieuse.

Ainsi énoncés, les principes essentiels du modernisme se heurtent de plein fouet aux anathèmes de la constitution Dei Filius. Cependant, les modernistes ayant l’art de présenter leurs idées de manière partielle, atténuée ou déguisée, il a paru nécessaire au pape saint Pie X de procéder à une condamnation nouvelle et spécifique du modernisme, dans son encyclique Pascendi, publiée en 1907, qui détaille longuement les diverses facettes de ce système complexe et multiforme. La partie de cette encyclique décrivant la vision moderniste des rapports entre foi et sciences profanes est pour nous d’un intérêt particulier ; en voici le passage fondamental :

Arrivés à ce point, Vénérables Frères, nous avons plus qu’il n’en faut pour saisir avec justesse quel est l’ordre que les modernistes établissent entre la foi et la science ; l’histoire étant, d’après eux, elle aussi comprise sous ce nom de science. — Tout d’abord, il faut tenir que leurs objets sont absolument étrangers et séparés l’un de l’autre. La foi, en effet, n’a en vue que ce que la science déclare être pour elle-même inconnaissable. Chacune d’elles joue donc un rôle différent : la science s’occupe des phénomènes, où la foi n’a aucune place ; la foi, au contraire, s’occupe des choses divines, que la science ignore complètement. D’où l’on conclut enfin qu’il ne peut jamais y avoir de conflit entre la foi et la science : en effet, si chacune reste à sa place, elles ne pourront jamais se rencontrer, ni par conséquent se contredire20.

Nous avons vu que l’impossibilité d’une contradiction entre foi et raison, sur laquelle insiste le modernisme, est aussi un enseignement de l’Église. Cependant, il n’y a là qu’un accord superficiel. L’Église enseigne que, sur les questions mixtes, la raison et la foi conduisent aux mêmes conclusions, si bien qu’une hypothèse contraire à la foi peut et doit être rejetée sans attendre que sa fausseté ne soit constatée par la raison ; le modernisme, quant à lui, nie purement et simplement l’existence des questions mixtes, en affirmant que la raison et la foi ne peuvent jamais se rencontrer21.

Cette approche simple et radicale pour écarter la possibilité d’un conflit entre foi et raison explique sans doute en partie le succès rencontré par le modernisme. De fait, les modernistes se considèrent volontiers comme des apologistes, capables d’offrir à l’Église, contre les assauts du rationalisme, un rempart plus solide que ne le seraient, selon eux, les approches traditionnelles. Cependant, l’Église a désavoué avec une extrême vigueur cette méthode consistant à défigurer sa doctrine pour mieux la défendre22. C’est ce que devraient savoir ceux qui, aujourd’hui, rejettent les conclusions de mon livre en tenant des discours de ce genre :

L’auteur de ce livre commet une erreur fondamentale. Certains athées font de la science une religion ; il commet l’erreur inverse, et fait de la religion une science. Si l’on peut adhérer, à titre personnel, à des dogmes comme la grâce, qui sont inaccessibles à l’investigation scientifique, il n’est pas légitime d’étendre ce mode de pensée à d’autres sujets qui sont, eux, parfaitement étudiables scientifiquement. Par définition, l’évolutionnisme ne relève pas de la foi, mais de la science. Les Pères de l’Église ne sont pas des scientifiques, et leur but n’était pas d’exposer des vérités naturelles d’ordre scientifique, mais de conserver et d’expliciter des réalités surnaturelles. On ne peut octroyer à leurs écrits une portée scientifique et objective qu’ils n’ont pas23.

Tout y est : la séparation étanche entre le domaine de la raison et celui de la foi, la réduction de la foi à un sentiment personnel sans portée objective, et l’idée qu’elle ne peut s’exprimer que sur des sujets « inaccessibles à l’investigation scientifique ». Le modernisme se montre au grand jour, parfaitement reconnaissable.

De tels assauts sont impuissants à m’atteindre sur mon terrain, qui est celui de la doctrine catholique. Au contraire, ils ne peuvent qu’affermir mes conclusions, en suggérant que celles-ci sont difficiles à attaquer si l’on n’accepte pas de marcher dans les pas de ceux que saint Pie X considérait comme les pires ennemis de l’Église24.


  1. Voir surtout le texte du Ier concile du Vatican cité p. 113 (Const. Dei Filius, c. 4 : Msi 51, 434 ; D 1798) et celui de Pie XII cité p. 19 (Enc. Humani generis : AAS 42 [1950] 575 ; D 2326), qui indiquent que si une hypothèse élaborée par la raison se révèle contraire à la foi, alors elle doit être rejetée, à supposer même qu’elle soit « recouverte d’une apparence de vérité », ou « appuyée de quelque façon sur la science humaine ». ↩︎

  2. Quiconque désire acquérir une véritable connaissance du sujet devrait étudier cette constitution intégralement. Pour cela, il est utile de consulter l’ouvrage du chanoine Alfred Vacant, Études théologiques sur les constitutions du Concile du Vatican d’après les actes du concile, La constitution Dei Filius, 2 tomes, Paris-Lyon, Delhomme et Briguet, 1895. On y trouve le texte original de la constitution, ainsi qu’une traduction française et un commentaire détaillé et approfondi. ↩︎

  3. Plus directement, nous verrons que la raison est une faculté naturelle et que la foi est une vertu surnaturelle. Cependant, toutes deux nous procurent des connaissances, chacune à sa manière ; elles peuvent donc être envisagées comme modes de connaissance, et c’est sous cet angle que nous nous y intéressons ici. ↩︎

  4. « Sancta mater Ecclesia tenet et docet, Deum, rerum omnium principium et finem, naturali humanæ rationis lumine e rebus creatis certo cognosci posse ; […] attamen placuisse eius sapientiæ et bonitati, alia, eaque supernaturali via se ipsum ac æterna voluntatis suæ decreta humano generi revelare […]. » Const. Dei Filius, c. 2 : Msi 51, 431 ; D 1785. ↩︎

  5. « Hanc vero fidem […] Ecclesia catholica profitetur, virtutem esse supernaturalem, qua, Dei aspirante et adiuvante gratia, ab eo revelata vera esse credimus, non propter intrinsecam rerum veritatem naturali rationis lumine perspectam, sed propter auctoritatem ipsius Dei revelantis, qui nec falli nec fallere potest. » Ibid., c. 3 : Msi 51, 432 ; D 1789. ↩︎

  6. « Hoc quoque perpetuus Ecclesiæ catholicæ consensus tenuit et tenet, duplicem esse ordinem cognitionis, non solum principio, sed obiecto etiam distinctum : principio quidem, quia in altero naturali ratione, in altero fide divina cognoscimus ; obiecto autem, quia præter ea, ad quæ naturalis ratio pertingere potest, credenda nobis proponuntur mysteria in Deo abscondita, quæ, nisi revelata divinitus, innotescere non possunt. » Ibid., c. 4 : Msi 51, 433 ; D 1795. ↩︎

  7. « Ut nihilominus fidei nostræ obsequium rationi consentaneum esset, voluit Deus cum internis Spiritus Sancti auxiliis externa iungi revelationis suæ argumenta, facta scilicet divina, atque imprimis miracula et prophetias, quæ cum Dei omnipotentiam et infinitam scientiam luculenter commonstrent, divinæ revelationis signa sunt certissima et omnium intelligentiæ accommodata. » Ibid., c. 3 : Msi 51, 432 ; D 1790. ↩︎

  8. « Ac ratio quidem, fide illustrata, cum sedulo, pie et sobrie quærit, aliquam, Deo dante, mysteriorum intelligentiam eamque fructuosissimam assequitur, tum ex eorum, quæ naturaliter cognoscit, analogia, tum e mysteriorum ipsorum nexu inter se et cum fine hominis ultimo ; numquam tamen idonea redditur ad ea perspicienda instar veritatum, quæ proprium ipsius obiectum constituunt. » Ibid., c. 4 : Msi 51, 433 ; D 1796. ↩︎

  9. « Verum etsi fides sit supra rationem, nulla tamen umquam inter fidem et rationem vera dissensio esse potest : cum idem Deus, qui mysteria revelat et fidem infundit, animo humano rationis lumen indiderit, Deus autem negare seipsum non possit, nec verum vero umquam contradicere. Inanis autem huius contradictionis species inde potissimum oritur, quod vel fidei dogmata ad mentem Ecclesiæ intellecta et exposita non fuerint, vel opinionum commenta pro rationis effatis habeantur. » Ibid. : D 1797. ↩︎

  10. « Quapropter omnes christiani fideles huiusmodi opiniones, quæ fidei doctrinæ contrariæ esse cognoscuntur, maxime si ab Ecclesia reprobatæ fuerint, non solum prohibentur tamquam legitimas scientiæ conclusiones defendere, sed pro erroribus potius, qui fallacem veritatis speciem præ se ferant, habere tenentur omnino. » Ibid. : Msi 51, 434 ; D 1798. ↩︎

  11. « Neque solum fides et ratio inter se dissidere numquam possunt, sed opem quoque sibi mutuam ferunt, cum recta ratio fidei fundamenta demonstret, eiusque lumine illustrata rerum divinarum scientiam excolat ; fides vero rationem ab erroribus liberet ac tueatur, eamque multiplici cognitione instruat. » Ibid. : D 1799. ↩︎

  12. « Si quis dixerit, Deum unum et verum, Creatorem et Dominum nostrum, per ea, quæ facta sunt, naturali rationis humanæ lumine certo cognosci non posse : anathema sit. » Ibid., c. 2, can. 1 : Msi 51, 435 ; D 1806. ↩︎

  13. « Si quis dixerit, revelationem divinam externis signis credibilem fieri non posse, ideoque sola interna cuiusque experientia aut inspiratione privata homines ad fidem moveri debere : anathema sit. » Ibid., c. 3, can. 3 : D 1812. — Selon le chanoine Vacant (op. cit., t. II, pp. 38-39), qui s’appuie sur une note explicative du schéma prosynodal (Msi 50, 87-88), ce canon visait à condamner une erreur répandue chez les protestants. Cependant, il ne faudrait pas croire que les catholiques soient épargnés : de fait, après avoir cité des auteurs protestants, la note en question mentionne, parmi les interventions du Saint-Siège contre ce type d’erreurs, les thèses auxquelles eut à souscrire l’abbé Louis-Eugène Bautain, connu pour ses penchants fidéistes, le 8 septembre 1840. ↩︎

  14. « Si quis dixerit, fieri non posse, aut non expedire, ut per revelationem divinam homo de Deo cultuque ei exhibendo edoceatur : anathema sit. » Ibid., c. 2, can. 2 : D 1807. ↩︎

  15. « Si quis dixerit, rationem humanam ita independentem esse, ut fides ei a Deo imperari non possit : anathema sit. » Ibid., c. 3, can. 1 : D 1810. ↩︎

  16. « Si quis dixerit, miracula nulla fieri posse, proindeque omnes de iis narrationes, etiam in Sacra Scriptura contentas, inter fabulas vel mythos ablegandas esse ; aut miracula certo cognosci numquam posse, nec iis divinam religionis christianæ originem rite probari : anathema sit. » Ibid., can. 4 : D 1813. ↩︎

  17. « Si quis dixerit, fidem divinam a naturali de Deo et rebus moralibus scientia non distingui, ac propterea ad fidem divinam non requiri, ut revelata veritas propter auctoritatem Dei revelantis credatur : anathema sit. » Ibid., can. 2 : D 1811. ↩︎

  18. « Si quis dixerit, in revelatione divina nulla vera et proprie dicta mysteria contineri, sed universa fidei dogmata posse per rationem rite excultam e naturalibus principiis intelligi et demonstrari : anathema sit. » Ibid., c. 4, can. 1 : D 1816. ↩︎

  19. « Si quis dixerit, disciplinas humanas ea cum libertate tractandas esse, ut earum assertiones, etsi doctrinæ revelatæ adversentur, tamquam veræ retineri, neque ab Ecclesia proscribi possint : anathema sit. » Ibid., can. 2 : Msi 51, 435-436 ; D 1817. ↩︎

  20. « Re porro huc adducta, Venerabiles Fratres, satis superque habemus ad recte cognoscendum, quem ordinem modernistæ statuant inter fidem et scientiam ; quo etiam scientiæ nomine historia apud illos notatur. Ac primo quidem tenendum est, materiam uni obiectam materiæ obiectæ alteri externam omnino esse ab eaque seiunctam. Fides enim id unice spectat, quod scientia incognoscibile sibi esse profitetur. Hinc diversum utrique pensum : scientia versatur in phænomenis, ubi nullus fidei locus ; fides e contra versatur in divinis, quæ scientia penitus ignorat. Unde demum conficitur, inter fidem et scientiam numquam esse posse discidium : si enim suum quæque locum teneat, occurrere sibi invicem numquam poterunt, atque ideo nec contradicere. » ASS 40 (1907) 606 ; D 2084. ↩︎

  21. Cette assertion soulève une objection évidente : certaines vérités de foi ne sont-elles pas ancrées dans la réalité tangible, tels les faits historiques de la vie de Jésus-Christ par exemple ? À cela, les modernistes répondent que les vérités de foi ne se situent pas sur le même plan que les faits historiques, et n’y sont d’ailleurs pas forcément conformes : d’où les fameuses distinctions, dénoncées par saint Pie X, entre le Christ de l’histoire et le Christ de la foi, l’Église de l’histoire et l’Église de la foi, etc. — Si le modernisme refuse tout contrôle de la foi sur les sciences profanes, il tend en revanche à asservir la foi à ces dernières, puisque ce sont elles qui déterminent quels sont les objets « inconnaissables » sur lesquels la foi est autorisée à s’exprimer. Saint Pie X montre en détail comment se traduit cet asservissement, et cite contre les modernistes une lettre par laquelle le pape Grégoire IX fustigeait, en 1228, certains théologiens coupables de comportements similaires. Les mots de Grégoire IX, que j’ai reproduits dans ma réponse aux questions d’un lecteur, sont remarquables, car on les croirait dirigés contre les exégètes évolutionnistes contemporains : « Certains d’entre vous […] s’efforcent de repousser, par des innovations impies, les limites fixées par les Pères ; ils plient à la doctrine de la philosophie naturelle le sens de l’Écriture céleste, dont les études des saints Pères ont restreint l’interprétation dans des limites déterminées, qu’il est non seulement téméraire, mais impie de transgresser […]. » Ep. Ab Ægyptiis ad theologos Parisienses : D 442. ↩︎

  22. Saint Pie X, au début de l’encyclique Pascendi, présente les modernistes de la manière suivante : « Nous parlons, Vénérables Frères, d’un grand nombre parmi les catholiques laïcs, et même, ce qui est bien plus déplorable encore, au sein du corps sacerdotal, qui, mus par un amour de l’Église factice, dépourvus de tout appui solide en philosophie et en théologie, mais au contraire complètement imbibés des doctrines vénéneuses propagées par les ennemis de l’Église, se proclament, au mépris de toute modestie, réformateurs de cette même Église […]. » Or, parmi ces réformes promues par le modernisme, figure en bonne place celle qui vise à imposer à l’apologétique un changement de stratégie, consistant à ne plus s’opposer au rationalisme sur le terrain des faits objectifs. « Les apologistes modernistes entrent en matière en avertissant les rationalistes qu’ils défendent la religion, non par les Livres saints ou à partir des ouvrages historiques couramment employés dans l’Église, rédigés selon l’ancienne méthode, mais à partir de l’histoire réelle, élaborée selon les doctrines modernes et la méthode moderne. » Enc. Pascendi : ASS 40 (1907) 594 & 627 ; D 2071 & 2101. ↩︎

  23. Ce paragraphe n’est pas purement fictif : il a été rédigé en réagençant librement divers commentaires publiés sous l’enregistrement de ma conférence à Rennes↩︎

  24. Enc. Pascendi : ASS 40 (1907) 594. ↩︎